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EXPOSITION de Peintures : Erick Leprince à partir du 10 septembre 2022

Erick Leprince nous fait le plaisir d’illuminer nos murs en exposant ses différentes œuvres.

Arboretum

L’arbre a précédé l’homme. Cette préexistence explique peut-être que, comme toutes les
autres plantes, il n’a pas eu besoin d’être sauvé du déluge. Il pouvait se sauver lui-même.
Seuls les animaux le furent. Pas de plantes dans l’Arche. Noé n’herborisait pas.
Pas d’arbres non plus sur les murs de Lascaux.
Cette antériorité a permis à l’arbre de jouir d’une certaine puissance, car selon le botaniste
Francis Hallé, c’est grâce à l’arbre, par mimétisme peut-être, que l’homme est debout.
L’homme qui y a vu parfois un mythe fondateur, l’origine du monde, cosmique, forcément
puisqu’il était là avant. L’homme qui en a fait aussi, et ailleurs, une source de connaissance,
ou le porteur du bien et du mal, deux fruits sur un même arbre, deux fruits intouchables
sous peine de bannissement. Pour la même raison sans doute, celle de la préexistence. Mais
nous ne savons pas ce que l’arbre savait. L’homme a donc imaginé, et parfois, a cru savoir. Il
a vénéré l’arbre devenu sacré, intouchable.
Erick Leprince inverse le mouvement, car il s’agit bien d’un mouvement puisque nous
parlons de création. Il s’est fait obtenteur. Il crée à partir d’un spécimen unique, un arbre
qu’il connaît depuis des années, dont il sait l’emplacement, qu’il a en tête, qu’il peint par
cœur, quel que soit le point de vue. Il n’a même plus besoin de le voir pour le reproduire. A
partir de ce modèle, il a créé un arboretum de la même manière que Phil Glass crée un
opéra, un quatuor, une pièce pour piano, en répétant, répétant, répétant. Il se dégage de la
toile une impression de déjà vu, la forme est là, reconnue et reconnaissable. Identifiée.
Comme on identifie une œuvre de Glass à la première écoute. Mais avec à chaque fois, à
chaque tableau, à chaque arbre, un déplacement vers une intention nouvelle, une émotion
différente. Comme un contretemps qui fait que tout devient autre. S’il y a répétition, il n’y a
pas imitation. L’artiste ne se copie pas, il ne se répète pas même si répétition il y a. C’est
peut-être la force de cette forêt primaire, de cette nouvelle espèce aux variétés multiples.
Une forêt primaire dont les arbres ne pourront être abattus.
Répétition ne signifie pas similarité. Chaque arbre a sa singularité, il ne ressemble en rien à
celui qui précède ou à celui qui suit. Ce n’est ni un passé, ni un futur. C’est un moment. De la
répétition pourrait naître l’ennui. Les arbres de Leprince fuient l’uniformité. Comme ils
semblent s’échapper du sol dont ils arrachent leurs racines. Chaque arbre a sa propre
existence.
Peut-être que la démonstration qui précède n’est pas la bonne. S’il y a série, il n’y a pas
suite. Un arbre n’en engendre pas un autre. Ce n’est pas la répétition que Leprince nous
donne à voir, mais plutôt le commencement de quelque chose. Chaque arbre a sa propre
individualité. Certains explosent, d’autres dansent, virevoltent, marchent, repoussent le sol
(que sont les racines ?), éclaboussent le ciel en solistes sublimes, en danseurs des cimes, en
âme du peintre et dans l’instant du geste.

Article Maine decouvertes

erick.leprince@laposte.net